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Les blindés dans la Grande guerre

Les ‘tanks’ comme instrument de la victoire de l’Entente



  Le 15 septembre 1916, l’Etat-major britannique engage pour la première fois de l’Histoire quarante-neuf « tanks » dans le cadre de la bataille de la Somme. Un soldat allemand raconte : « Nos yeux émerveillés pouvaient contempler le spectacle de six engins blindés à chenille britanniques traversant le champs de bataille, passant à travers les barbelés, abattant des murs en pierre et, oui, renversant même de petits arbres. Cela nous semblait si irréel. ». Ces « engins blindés à chenille » devaient bientôt devenir des chars capables de franchir les cours d’eau et les massifs forestiers. Des chars capables de mettre un terme à la guerre de position. Des chars à mêmes de décider de l’issue de deux guerres mondiales, révolutionnant par là même l’art de la guerre. Prenant notamment appui sur la genèse de leur conception, cette étude se propose ainsi d’analyser le rôle des engins blindés durant le premier conflit mondial.



Comment avancer à couvert sous le feu ennemi ? Cette question en forme d’oxymore a hanté les stratèges militaires tout au long de l’Histoire. L’idée d’une arme mobile protégeant ses occupants semble de fait aussi ancienne que l’idée de guerre. Durant l’Antiquité, les Grecs construisaient d’immenses tours de siège dénommées Helepolis. Les archers Assyriens employaient des protections mobiles ainsi que des engins de siège qui pouvaient accueillir deux soldats disposant de louches à eau gigantesques qui leur permettaient d’éteindre un éventuel départ de feu. Les Chinois avaient inventé le Dongwu Che pour protéger leurs soldats sur le champ de bataille. Les Romains disposaient eux de tours mobiles protégées par des boucliers, se déplaçant sur roues et munies de catapultes. Indiens et Perses usaient avec succès d’éléphants de guerre. Tchèques et Polonais possédaient au Moyen-Âge de « chariots de guerre » en acier. Leonard de Vinci avait enfin dessiné les plans d’un véhicule de combat sur roues et doté de canons dont le mouvement serait assuré par la force humaine.
La plupart de ces armes étaient employées dans le cadre de sièges où les formations et manœuvres tactiques n’avaient qu’une importance moindre. Cette problématique apparut néanmoins urgente à résoudre lorsque les progrès technologiques liés à la Révolution industrielle menacèrent de transformer la guerre en un vaste siège, préfigurant la guerre de position et les tranchées.

Au rang des armes mobiles figurent également les trains blindés. Si ceux-ci peuvent transporter de lourdes charges, leurs mouvements demeurent conditionnés par la présence de chemins de fer. Ils sont en outre très vulnérables. 
Les avions sont pour leur part à mêmes d’attaquer des positions au sol mais ne peuvent, naturellement, s’emparer d’objectifs terrestres. Quant aux véhicules blindés, d’abord utilisés par les Britanniques, ils prouvèrent leur efficacité au combat mais n’apparaissent pas idoines dès lors qu’il s’agit de traverser des terrains accidentés, des marais, des tranchées ou encore des cours d’eau (du fait notamment de la faible surface de contact entre les roues et le sol).
Les années précédant le premier conflit mondial sont l’objet d’importants progrès en la matière avec notamment la généralisation de l’automobile et le perfectionnement du moteur à allumage commandé (moteur à essence). De nouveaux véhicules dits mitrailleuses ou canons auto propulsés sont développés (qui consistent essentiellement en des mitrailleuses ou des canons montés sur des véhicules), de même que des véhicules blindés. Le premier véhicule blindé britannique est ainsi le Motor Scout, un quadricycle flanqué d’une mitrailleuse Maxim et protégé en partie par un blindage léger, mis au point par Frederick Richard Simms en 1898. Les Britanniques sont de fait les premiers à envisager de répondre à la problématique de la progression sous feu ennemi par un nouveau type de véhicule combinant des chenilles, du blindage, des tourelles ainsi que diverses armes. L’écrivain britannique Herbert George Wells participa en outre à cette révolution de la pensée stratégique en décrivant dans sa nouvelle The Land Ironclads parue en décembre 1903 dans The Strand Magazine l'utilisation de véhicules massifs, fortement blindés et maniables en tout type de terrain, armés de canons et de mitrailleuses et qui seraient en mesure de traverser un système de tranchées fortifiées en vue de nettoyer le terrain et faciliter de fait l'avancée de l'infanterie.
Les compagnies françaises Charron et Girardot & Voigt produisirent quant à elles un véhicule blindé  équipé d’une mitrailleuse Hotchkiss et d’un blindage de 7 mm en 1902, notamment décrit par l’historien militaire Ed Ellsworth Bartholomew dans son ouvrage Early Armoured Cars. Spencer Tucker et Priscilla Mary Roberts soulignent dans leur encyclopédie World War One que les Autrichiens furent pour leur part les premiers à développer avec Austro-Daimler des véhicules blindés à tourelle en 1904 (basés sur les plans du lieutenant colonel de l’armée austro-hongroise Graf Schonfeld), de tels engins ayant notamment servi durant la guerre italo-turque de 1911-1912.



Des tanks pour mettre un terme à la guerre de position




Pour l’historien militaire Bruce Gudmundsson (On Armor), la Première guerre mondiale participe de l’émergence d’une nouvelle demande en armements auto propulsés fortement blindés pouvant se mouvoir en tout type de terrain, rendant inéluctable le développement de « tanks » (testés pour la première fois par les Britanniques contre les colons hollandais lors de la seconde guerre des Boers en 1902). L’emploi d’engins blindés durant le premier conflit mondial répondrait ainsi de fait à l’impérieuse nécessité de mettre un terme à la guerre de position – nécessité qui fait elle-même écho à cette problématique ancienne de progression à couvert en dépit du feu ennemi. Le défaut majeur des véhicules blindés étant leur faible maniabilité, hormis en terrain plat, de nouveaux développements apparaissaient comme nécessaires.

Le principe de ces « tanks » est de mobiliser une puissance de feu équivalente à celle de l’artillerie et des mitrailleuses à travers le no man’s land séparant les réseaux de tranchées tout en protégeant ses occupants du feu ennemi. Le rôle tactique ainsi assigné aux tanks consiste donc à accompagner l’infanterie pour percer le front, laissant par la suite la cavalerie exploiter la percée. Pour Marc Ferro (La Grande Guerre), « il fallait à tout prix fabriquer un engin tout terrain qui puisse protéger les attaques de l'infanterie, enlever les barbelés, détruire les nids de mitrailleuses et progresser en même temps que les troupes ». Bien que confrontés au cauchemar de la guerre de position après quelques semaines d’affrontements, peu de stratèges militaires comprirent durant la Première guerre mondiale que le moteur à combustion interne allait porter une révolution de l’art de la guerre. Celui-ci, équipant avions et tanks, permettrait en effet bientôt d’accroître leur mobilité et de fait leur efficacité au combat, préfigurant le développement de larges forces mécanisées qui assumeraient le rôle jusqu’ici tenu par la cavalerie. Ces forces mécanisées devaient devenir vingt ans plus tard les divisions blindées de la Seconde guerre mondiale.

Si en 1914, de nombreux prototypes de véhicules blindés tout terrain avaient déjà étaient imaginés, c’est bien du fait de la Grande Guerre que s’accélère leur développement, le Colonel de l’Armée française Jean-Baptiste Eugène Estienne ayant affirmé dès le 23 août 1914 que « la victoire appartiendra[it] dans cette guerre à celui des deux belligérants qui parviendra le premier à placer un canon de 75 sur un véhicule capable de se mouvoir en tout terrain ». Arnold D. Harvey démontre par ailleurs dans Collision of empires: Britain in three world wars, 1793-1945 que les avancées britanniques et françaises furent quasi concomitantes en la matière. En effet, de l’aveu du correspondant de guerre britannique sur le front ouest Ernest Dunlop Swinton (il fut nommé par le Ministre de la guerre Herbert Kitchener), « Le Colonel Estienne fut saisi en même temps que [les Britanniques] de l’idée qu’une arme ayant les caractéristiques des futurs tanks était nécessaire pour aider l’infanterie ». Les Français commencèrent à étudier des plans de véhicules blindés dès janvier 1915 et à en tester le principe à partir du mois de mai, c’est-à-dire deux mois avant l’essai du Little Willie en Angleterre, le prototype du tank Mark I. Tandis que le Little Willie devenait le premier prototype de tank à être produit, les stratèges militaires français testaient à Souain un prototype de véhicule blindé, le Schneider CA1. Les Britanniques sont néanmoins les premiers à engager des tanks sur le champ de bataille lors de la bataille de Somme en septembre 1916.



Des premiers prototypes d’« engins blindés à chenille »




Des premiers prototypes de ces « engins blindés à chenille » sont mis au point dès le début du siècle. En 1905, le polytechnicien et Capitaine de l’Armée française Léon Levavasseur propose au Ministère de la guerre un projet de véhicule décrit par Chris Ellis et Peter Chamberlain dans Armoured Fighting Vehicules of the World comme « ayant toutes les caractéristiques plus tard requises pour le design de tanks, comprenant notamment un canon de 75mm monté en avant d’une sorte de caisson en acier et autopropulsé par des roues articulées. Ce canon autopropulsé aurait accueilli trois soldats ainsi que des munitions et serait adapté à tout type de terrain. ». Ce projet de « pièce d’artillerie automobile » comme le décrit le ministère est finalement rejeté le 13 août 1908, l’ingénieur britannique David Roberts ayant déjà développé un véhicule similaire, le Hornsby. Quelques années plus tard, en 1911, l’ingénieur militaire Autrichien Günther Burstyn et l’ingénieur civil Australien Lancelot de Mole devaient eux aussi développer des projets de tanks rejetés par leurs gouvernements respectifs.

Des engins blindés à chenille furent néanmoins commercialisés à partir de 1908, notamment aux Etats-Unis. L’Armée française en emploie en outre dès le début de la Grande Guerre pour déplacer ses pièces d’artillerie lourdes en terrain accidenté. 
Les Français expérimentent également entre 1914 et 1915 le véhicule Boirault visant à détruire les fils de barbelés et à exploiter des percées sur le champ de bataille. Ce véhicule est constitué de chenilles parallèles révolutionnant autour d’un centre motorisé triangulaire. Demeurant toutefois trop fragile, trop lent et très peu maniable, il est rapidement abandonné. 



Les prototypes français




Dans son ouvrage L'Aube de la Gloire, Les Autos-Mitrailleuses et les Chars Français pendant la Grande Guerre, l’historien militaire Alain Gougaud souligne également les travaux de l’ingénieur en construction Paul Frot qui propose en décembre 1914 au Ministère français les plans d’un « rouleau cuirassé » néanmoins dépourvu de chenilles. Son prototype, baptisé Frot-Laffy, est testé le 18 mars 1915 et parvient à détruire des barbelés mais se montre lui aussi trop lent et très peu maniable. Ce projet est ainsi abandonné au profit de celui du Général Estienne, le « Tracteur Estienne ».
Les Français tentent en 1915 de développer des véhicules avec un armement et un blindage lourds montés sur des châssis de tracteurs, au rang desquels figure notamment le Fortin Aubriot-Gabet qui est alimenté par un câble électrique et armé d’un canon de marine de 37 mm mais se révèle inutilisable.
En janvier de la même année, le fabriquant d’armements Schneider & Co. charge son chef de projet Eugène Brillié d’étudier les tracteurs à chenilles du fabricant américain Holt Company. A son retour du Nouveau continent, Brillié, qui avait déjà participé à la conception de véhicules blindés en Espagne, parvient à convaincre sa compagnie de lancer une étude de développement d’un tracteur blindé et armé basé sur un châssis Baby Holt.
Les essais qui sont initiés en mai 1915 dans l’usine Schneider mettent en exergue la supériorité du Baby Holt chenillé 45-hp. Le 16 juin, de nouveaux essais sont effectués devant le Président de la République Raymond Poincaré puis le 10 septembre devant la Commandant Ferrus. Le premier véhicule blindé abouti est enfin testé à Souain le 9 décembre 1915 devant des officiers de l’Armée française (dont le Colonel Estienne).
Le 12 décembre, ce même Estienne présente à l’Etat-major un projet visant à mettre sur pied une force blindée équipée d’engins à chenille. Le plan est approuvé et dans une lettre datée du 31 janvier 1916, le Généralissime Joseph Joffre ordonne la production de 400 tanks (l’ordre de production de 400 Schneider CA1 étant néanmoins en réalité donné le 25 février 1916). Peu après, le 8 avril 1916, 400 autres tanks Saint-Chamond sont commandés. Schneider ayant toutefois des difficultés à remplir les délais de production, les livraisons de tanks s’étalent sur plusieurs mois à partir du 8 septembre 1916. Les tanks Saint-Chamond devaient quant à eux être livrés à partir du 27 avril 1917 (selon Ernest Dunlop Swinton dans Eyewitness; being personal reminiscences of certain phases of the Great War).



Les prototypes britanniques




Le Royaume-Uni est l’autre grande puissance à avoir testé de nombreux prototypes de tanks durant les premières années de la guerre. Dès juin 1914, le Major de l’Armée britannique Duncan John Glasfurd soumet l’idée d’un véhicule doté d’une chaîne de roues (« pedrail wheels ») capable d’attaquer les lignes ennemies. En juillet 1914, l’ingénieur, correspondant de guerre et Lieutenant-colonel Ernest Swinton eut vaguement vent du développement des tracteurs Holt et de leur habileté à se mouvoir en terrain accidenté. De son propre aveu, il ne fit néanmoins le lien entre le principe des chenilles et le besoin d’un véhicule armé tout terrain qu’au mois de septembre. Dès octobre 1914, Sinwton recommande au Comité britannique pour la défense de l’Empire dans une lettre envoyée au Secrétaire Maurice Hankey (et rapportée par Van Lee dans Vin Rouge, Vin Blanc, Beaucoup Vin, the American Expeditionary Force in WWI) que des tracteurs chenillés soient blindés et armés pour être utilisés au combat. Hankey réussit par la suite à convaincre le War Office qui, bien que sceptique, consent à mettre à l’essai un tracteur Holt le 17 février 1915. Sa chaîne étant néanmoins bloquée par la boue, le projet est abandonné et le War Office abandonne pour un temps tout nouveau développement.
Il reprend néanmoins ses essais en mai 1915 avec le Tritton Trench-Crosser, un véhicule équipé de larges roues de tracteur de 8 pieds de diamètre et transportant des poutres qui lui permettraient de franchir les tranchées. Le véhicule se révèle toutefois trop encombrant et est lui aussi abandonné.
La Royal Navy et le Landships Committee (« Comité des chars ») créé le 20 février 1915 et dirigé par Winston Churchill acceptent de favoriser les essais de tracteurs blindés au titre de « chars ». En mars de la même année, Churchill ordonne la production de 18 chars expérimentaux, dont 12 utilisant des chenilles Diploack (un principe notamment défendu par l’officier de la Royal Navy Murray Sueter) et 6 utilisant de larges roues (une idée défendue par l’officier du Royal Naval Air Service Thomas Gerald Hetherington). Leur production est néanmoins abandonnée, les roues étant trop larges et trop fragiles et les chenilles trop encombrantes et pas assez puissantes.

Du fait de l’échec de tant de projets, le principe de chars massifs est abandonné par les Britanniques en juin 1915. Le Landships Committee allait désormais étudier des prototypes de plus petite taille. L’essai d’un engin chenillé américain, le Bullock Creeping Grip se conclut lui aussi par un échec en juillet 1915. L’engin est modifié et le nouveau véhicule dit No1 Lincoln Machine est mis en construction le 11 août 1915, avant d’être testé le 10 septembre. Cet essai est encore une fois un échec.
Les développements se poursuivent néanmoins, mettant notamment l’accent sur de nouveaux modèles de chenilles. Le Little Willie est ainsi testé le 3 décembre 1915. Un modèle de forme rhomboïde est ensuite mis au point pour compenser ses faibles capacités tout terrain, l’engin étant alors connu sous le nom de Centipede ou Mother, inaugurant les tanks Big Willie. Les essais conduits à partir du 29 janvier 1916 se révèlent cette fois-ci concluants et le War Office passe le 12 février une commande de 100 unités destinées à être utilisées en France. 50 nouvelles unités sont commandées en avril. Les premiers tanks britanniques étaient nés.



Le Général Haig engage les premiers blindés de l’histoire sur la Somme




Afin de garder secrète la présence de ces chars en France, les Britanniques les dénomment « tanks », plutôt que l’appellation officielle de « landships ».  Ils laissent ainsi croire que les plaques de blindage sont destinées à des réservoirs de pétrole. Le Tank Museum de Londres rapporte par ailleurs le témoignage du Secrétaire de l’Amirauté du Landhips Committee Albert Stern qui précise que d’autres termes comme « water tank » ou « cistern » avaient été étudiés. Les stratèges militaires britanniques entendaient en effet accumuler ces engins en France dans le plus grand secret afin de les engager massivement sans que les Allemands n’en aient vent au préalable. En outre, certains de ces « tanks » furent construits dans des usines de locomotives de Glasgow ironiquement appelées « Tank shops ». Ce secret entourant le développement des tanks couplé au scepticisme de la plupart des commandants d’infanterie empêche néanmoins les soldats d’infanterie de bénéficier d’un entraînement important les préparant à combattre avec des tanks. 
Le général britannique Douglas Haig qui commande les forces britanniques en France est cependant si impatient de gagner du terrain pendant la bataille de la Somme qu’il souhaite disposer des 60 premiers engins disponibles. Après une bataille d’attrition de plusieurs semaines, une nouvelle offensive est lancée le 15 septembre 1916 par le général Haig au sud-ouest de Bapaume. 11 divisions, dont 2 canadiennes sont engagées avec 49 chars en pointe. 32 seulement rejoignirent la ligne de départ et 21 sont finalement engagés. Appuyés par quelques uns d’entre eux, la toute nouvelle 41ème division réussit une progression de plus de trois kilomètres. Soutenue par deux de ces engins, la 2ème division canadienne s’empare pour sa part de Courcelette et High Wood tombe enfin. Il est néanmoins impossible de faire progresser les chars en terrain boisé. Malgré ces premiers succès, le système défensif allemand démontre de nouveau sa solidité, bien que les combats se poursuivent pendant plusieurs jours. En outre, le Général Haig commet pour Robin Prior et Trevor Wilson (The First World War) l’erreur de ne pas faire précéder l’assaut d’un barrage d’artillerie afin de protéger ses tanks de tirs alliés. Les zones où furent engagés les tanks s’avérèrent de fait celles où la résistance allemande fut la plus importante. Après dix jours de combats, la majorité des tanks était hors de combat.

L’apparition des premiers tanks sur les champs de bataille de la Grande Guerre provoque bien évidemment la surprise générale. Sur la Somme, ils n’apportent toutefois rien de décisif à l’issue des combats. Ils sont trop dispersés par l’Etat-major allié et le terrain ne se prête pas à un assaut de blindé. Il s’avère en effet si boueux que les hommes eux-mêmes peinent à avancer. En outre, leur performance décevante ne fait qu’accroître le mépris des officiers conservateurs. « Mes pauvres Land Ships ont été lâchés prématurément et à une échelle trop médiocre, il y avait pourtant une vraie victoire derrière cette idée », se lamente Winston Churchill. Ernest Dunlop Swinton est alors démis de ses fonctions de chef des unités de blindés britanniques. Après la Somme, le ministère de la Guerre essaye même d’annuler une commande de 1 000 nouveaux blindés et quand certains d’entre eux s’envasent dans les marais de Passchendaele, il en profite pour baisser la production de 4 000 à 1 300 chars. 
« Au lieu de mettre en doute son propre jugement, commente l’historien militaire britannique Basil Liddell Hart, l’Etat-major perdit progressivement toute confiance dans les tanks. ». Mais surtout, les Allemands avaient pu capturer certains de ces chars et étaient déjà en train de mettre au point un modèle de projectile pour les détruire. L’échec d’Haig sur la Somme est de fait aussi un échec stratégique. Tout effet de surprise lié à l’engagement de blindés est dès lors perdu.
La première expérience des Français n’est elle non plus guère concluante : ils engagent  leurs chars lors de la grande offensive Nivelle, le 17 avril 1917. Les énormes tanks Saint-Chamond de 27 tonnes se révèlent néanmoins très vulnérables. Les mitrailleuses lourdes et les canons allemands en détruisent 60 sur 120. « Les équipages furent grillés vifs, l'infanterie désormais sans protection fut massacrée » raconte ainsi Marc Ferro. Les Allemands en concluent que le canon l'emporterait toujours sur le tank. Ils commettent là une erreur qui devait leur être fatale.



« La bataille de Flers-Courcelette »




La bataille de Flers-Courcelette qui débute le 15 septembre 1916 et dure une semaine est la troisième et dernière offensive de grande envergure lancée par l’Armée britannique durant la bataille de la Somme.
A l’instar des deux premières offensives britanniques durant la bataille de la Somme (la bataille d’Albert le 1er  juillet et la bataille de pont Bazentin le 14 juillet), Haig espère pouvoir percer les défenses allemandes et rompre avec la guerre de position. Engageant la IVème Armée britannique du Général Rawlinson et une partie de l’Armée de réserve (qui devait devenir la Vème Armée de Gough), Haig prévoit que le XVème Corps perce les lignes allemandes au nord-est de Flers, permettant à la cavalerie de s’infiltrer dans les arrières ennemies. La majorité des troupes engagées se voient assigner trois ou quatre objectifs qui devaient pour la plupart être capturés dès le premier jour de la bataille si une percée était réalisée.
L’attaque initiale est précédée d’un bombardement d’artillerie massif. Le 1er juillet, l’offensive est appuyée par un canon de campagne tous les 20 mètres du front et un canon lourd tous les 50 mètres. Ces nombres sont plus important encore à Flers-Courcelette où il y a un canon de campagne tous les 9 mètres et un canon lourd tous les 26 mètres. L’un des inconvénients du barrage d’artillerie est néanmoins que les tanks, étant lents, doivent être engagés avant l’infanterie. Ainsi, des pans du front doivent être épargnés par le barrage d’artillerie pour permettre aux tanks d’avancer. Du fait de cette stratégie, des points où la résistance allemande s’avèrera importante (et qui étaient naturellement les objectifs des chars) ne sont pas bombardés.

Le 15 septembre, premier jour de la bataille, l’avancée du XIVème Corps est mitigée. La 56ème Division qui devait couvrir le flanc droit de l’attaque est stoppée. Sur le flanc gauche, la 6ème Division fait face, au nord du bois de Leuze à une imposante position fortifiée allemande, le « Quadrilatère ». Elle ne parvient pas à avancer significativement malgré des combats acharnés. La Division de Gardes parvient quant à elle à capturer ses premiers objectifs, non sans difficultés. Elle stoppe néanmoins sa progression, pensant avoir capturé son troisième objectif, tant les combats qu’elle dut mener jusque lors furent éprouvants.
Sur la droite, l’offensive du XVème Corps connaît plus de succès mais ne parvient pas à accomplir la percée espérée. L’attaque est appuyée par 14 tanks (4 autres qui lui étaient alloués ne purent y prendre part). La 14ème Division doit nettoyer une poche de résistance allemande à l’est du bois de Delville. Cette attaque est menée par deux compagnies du 6ème bataillon de la Division d’infanterie légère « King’s Own Yorkshire » appuyées par un tank. L’assaut lancé le matin à 5 heures 30 est un succès, malgré la perte de tous les officiers.
Les trois divisions du XVème Corps (la 14ème, la 41ème et la Division Néo-Zélandaise) atteignent la plupart de leurs objectifs. Au centre, la 41ème Division qui devait s’emparer de Flers s’était vu attribuer le plus de tanks. Le village de Flers est capturé tôt dans la journée, l’un des tanks ayant permis à l’infanterie d’avancer à couvert à travers l’avenue centrale. L’avance est toutefois stoppée une fois le village capturé. Le quatrième objectif qui était synonyme de percée ne peut être atteint. 
Le IIIème Corps obtient quant à lui des résultats mitigés le 15 septembre. Sur son flanc gauche, la 15ème Division parvient à capturer le village de Martinpuich mais sur sa droite, les 50ème et 15ème Divisions doivent se contenter de maigres progrès.
Enfin, à l’extrême gauche de l’offensive britannique, le Corps canadien de l’Armée de réserve du Général Gough atteint son objectif final dès 8 heures 25 du matin et parvient à exploiter ce succès en capturant le village de Courcelette.

L’attaque est renouvelée le 16 septembre sans grand succès. La Division de Gardes subit de grandes pertes et doit être relevée. Au centre, le XVème Corps lance son attaque à 9 heures 25 du matin. Après un bombardement d’artillerie inefficace, la 14ème Division est incapable de progresser. L’attaque de la 21ème Division menée par la 64ème Brigade du Général de brigade Headlam est stoppée autour de Flers. Son unique tank est détruit par un obus d’artillerie. Le quartier général de la brigade de signalisation est aussi détruit à Flers par l’artillerie. La Division Néo-Zélandaise repousse une contre-attaque allemande et obtient des progrès limités avant d’être stoppée par le commandement allié du fait de l’échec sur le flanc droit. Le IIIème Corps n’obtient lui aussi que de maigres progrès.
Le 17 septembre, le Général Rawlinson ordonne la reprise de l’offensive le lendemain. L’attaque prévue est néanmoins repoussée jusqu’au 21 septembre avant d’être annulée. Les combats ne reprennent sur le front de la IVème Armée qu’autour de Morval, à l’est. Durant les sept derniers jours de la bataille de Flers-Courcelette, les Britanniques lancent une série d’attaques limitées afin de consolider leurs lignes, notamment autour de « High Wood » où l’échec du 15 septembre permit aux Allemands de former une saillie. Les pluies s’accentuent à partir du 18 septembre, décourageant toute velléité offensive. 

La bataille de Flers-Courcelette est dans l’ensemble une réussite bien plus importante que l’attaque du 1er juillet mais elle ne parvient pas à remplir son objectif initial, percer les lignes allemandes. Bien que les unités britanniques avaient quasiment atteint les arrières allemandes, l’Etat-major allemand avait démontré qu’il disposait toujours de réserves suffisantes pour rétablir ses lignes. Cet affrontement marque également l’apparition des tanks sur les champs de bataille de la Première guerre mondiale, les attentes à l’égard de cette nouvelle arme étant très élevées. Les performances au combat des tanks britanniques Mark I se révèlent néanmoins décevantes et le commandant en chef des forces britanniques en France, le Général Douglas Haig est très critiqué pour avoir engagé cette arme secrète de manière si précoce. Il avait pourtant été averti par les commandants sous ses ordres (comme Ernest Dunlop Swinton) et par le gouvernement français qui avait dépêché à Londres le Colonel Jean-Baptiste Eugène Estienne et le Sous-secrétaire d’Etat aux inventions Jean-Louis Bréton pour convaincre le gouvernement britannique d’annuler l’ordre d’Haig. Il est en revanche plausible que les faibles performances des tanks sur la Somme confortèrent, à tort, le Haut commandement allemand dans son idée qu’ils étaient une arme inefficace, retardant ainsi ses propres programmes de développement de chars. L’expérience acquise durant la bataille de Flers-Courcelette permit en outre d’améliorer la conception des tanks. 
Bien que l’engagement de tanks sur la Somme puisse laisser à postuler de la perte de l’effet de surprise, les évènements de la bataille de Cambrai (du 20 novembre au 7 décembre 1917) doivent mener à une analyse plus nuancée. A Cambrai, les tanks sont concentrés et réussissent à briser les lignes allemandes. Même si ce succès ne peut être exploité du fait de la contre-attaque allemande, il révèle que les Allemands n’avaient su mettre au point d’arme anti-char suffisamment efficace.

Les actions des soldats canadiens sur la Somme sont enfin commémorées par le Mémorial de Courcelette sur la D929 (Albert-Bapaume), au sud du village de Courcelette.



Les Mark britanniques au front, de Bullecourt à Cambrai




En 1917, l’Entente envisage une rupture du front du fait de deux offensives : l'une française au Chemin des dames, l'autre britannique devant Arras. L'attaque du village de Bullecourt, situé au sud-est d’Arras, voit l’Etat-major britannique engager à nouveau les tanks Mark. 
Le 11 avril 1917, deux brigades australiennes attaquent ainsi Bullecourt appuyées par 12 tanks mais sans le moindre soutien d'artillerie. Pris sous un feu d'enfilade, les Australiens doivent néanmoins se replier. Les pertes de la 4ème Brigade s'élèvent à 2258 sur un effectif de 3000 hommes. Les Allemands capturent en outre 27 officiers et 1137 hommes et ne déplorent que 750 tués. Le 3 mai 1917, une deuxième attaque est menée par les 62ème et 2ème Division australienne sur les deux flancs du village. Bullecourt est enfin capturé mais les Britanniques ne parviennent pas à percer la ligne Hindenburg. Au total, les pertes britanniques et australiennes s'élèvent à 14000 hommes.
Les chars MK-1 et quelques nouveaux MK-2 envoyés sur le terrain neigeux de Bullecourt auront été cloués au sol. Non pas du fait du terrain mais parce que les nouvelles cartouches allemandes percent le blindage des chars. Les fantassins allemands percevaient 5 de ces cartouches de type « K » équipées même des mitrailleuses.

Les Britanniques retiennent toutefois la leçon. Ils revoient le mode de fixation des plaques de blindage. Le nouveau char MK-IV fait ainsi appel à des blindages plus épais, résistants aux projectiles spéciaux des allemands. Le système de ventilation interne des blindés est également repensé et amélioré. Les MK-4 entrent en action en juin 1917 à Messines. 
Après le désastre de l'offensive Nivelle et la boucherie du Chemin des Dames, le Général Philippe Pétain décide de rester sur la défensive en attendant les chars et les troupes américaines. Le Général Douglas Haig, commandant en chef du Corps expéditionnaire britannique opte quant à lui, pour une grande offensive dans les Flandres. L'action préliminaire de cette dernière consiste alors à capturer la crête de Wytschaete (8 kilomètres de long et parfois 84 mètres d'altitude). Le village de Messines (au sud d’Ypres) n'étant entouré que d'une colline et d’aucune crête, l’Etat-major britannique estime pouvoir réduire le saillant autour de Wytschaete. C’est la tâche confiée à la IIème armée du Général Herbert Plumer. 
Les chars engagés, soit environ 75 MK-4, ont pour mission de soutenir l'infanterie, mais non d'opérer eux même la percée (ils ont pour principale tâche de nettoyer les nids de mitrailleuse). Cette fois, la préparation d’artillerie devait être massive. Le Général Herbert Plumer avait en effet ordonné une préparation de 17 jours précédant le jour de l’attaque fixé au 7 juin. Il déclare ainsi à son Etat-major avant la bataille : « Messieurs, nous n'écrirons peut-être pas l'Histoire demain, mais nous changerons certainement la géographie ».
Les chars devaient arriver la veille de la bataille afin d'éviter leur qu’ils ne soient repérés. En outre, le bruit généré par leur déplacement couvre toute communication entre les véhicules. Il était donc nécessaire d'utiliser des marquages au sol pour que les unités blindées puissent gagner leurs positions. Faute de marquage, des guides devaient conduire les blindés. Privés tant de guides que de marquages, certains équipages de blindés devaient trouver seuls leurs positions en se basant sur des croquis ou sur les montées de l'infanterie. Arrivés au but, ils sont exténués avant même le début de la bataille.

L’attaque de Messines est l’une des plus réussie de la guerre pour l’Entente. Après les explosions, les Britanniques et les troupes du Commonwealth (Australiens et Néo-Zélandais) passent à l'attaque et réussissent à coiffer rapidement le point sud de la crête. En deux heures seulement, certaines unités atteignent la deuxième ligne allemande et à 7 heures, les villages de Messines et de Wytschaete (capturé par les troupes irlandaises des 16ème et 36ème divisions) tombent aux mains des Alliés. Les troupes britanniques commencent alors à descendre le versant est de la crête et l'artillerie est poussée en avant. En début d'après-midi, les tanks et les troupes en réserve entrent en action. Enfin à 15 heures 10, les objectifs sont atteints. La crête est tenue, les Britanniques s'enterrent et réussissent à contenir les contre-attaques allemandes. La coopération entre les chars MK-4 et l’infanterie s’avéra bien meilleure à Messines que durant les précédents engagements de tanks. Les chars détruisirent les nids de mitrailleuses allemands, permettant à l’infanterie d’occuper facilement le terrain. Même embourbés, ils constituaient des points d'appui pour l'infanterie. Mais cet assaut n'aura pas permis de montrer toute l'étendue de leur potentiel. Une fois encore, les blindés s'étaient en effet vus assigner des objectifs secondaires. Ils prouvèrent néanmoins qu’ils pouvaient jouer un rôle plus important que celui d’un simple soutien de l’infanterie.
Les officiers spécialisés de l'arme blindée poussaient déjà depuis un certain temps les Etats-major vers un changement radical dans l'emploi des chars. Ils demandaient surtout que l'on emploie les blindés sur des terrains assez plats, c'est-à-dire pas encore pilonnés par l'artillerie et obtinrent satisfaction. La première bataille de Cambrai allait leur donner raison.



La bataille de Cambrai




Après la troisième campagne d’Ypres en 1917, le front ouest semble demeurer figé jusqu’au retour du beau temps. Néanmoins, les Etats-major britannique et allemand ont d’autres idées en tête. Le Général Haig prépare une nouvelle action pour effacer l’échec des Flandres. Il conclut après réflexion que le secteur de Cambrai demeure le plus propice pour telle offensive, les lignes allemandes n’y étant pas aussi défendues qu’ailleurs. Haig rassemble donc une armée comprenant notamment un important soutien de l’artillerie et des tanks mais ne peut constituer de réserves du fait des pertes importantes subies dans les Flandres et de l’activité sur le front italien. L’absence de réserves lui donne ainsi l’avantage de la surprise mais pas la possibilité de l’exploiter.
Le secteur de Cambrai est notamment choisi car il n'a pas beaucoup subi les bombardements d’artillerie. Le terrain dégagé et plat qu’il présente apparaît donc idoine pour un engagement massif de blindés. De nouvelles techniques de tir d’artillerie sont en outre employées à Cambrai. Les positions ennemies étant désormais repérées à l’avance, les tirs sont ajustés par le biais de cartes et non plus en observant simplement les points d’impact. Ainsi, les tirs de barrage d’artillerie s’avèrent plus précis et plus efficaces, l’effet de surprise des bombardements étant restauré puisque le tir de salves préliminaires n’est plus nécessaire. 
Des tranchées antichars larges et profondes avaient néanmoins été creusées par les Allemands. Les Britanniques imaginèrent de grouper les chars par 3, chacun emportant une grosse fascine. Le premier jetterait sa fascine dans la tranchée, les deux autres passant dessus et ainsi de suite.

La IIIème Armée britannique du Général Julian Byng ouvre la bataille de Cambrai. L’attaque principale conduite par des chars Mark IV fait face à une section de la ligne Hindenburg défendue par la IIème Armée allemande du Général Georg von der Marwitz. Le plan du Général Byng vise à percer les positions allemandes entre le canal de l'Escaut et le canal du nord. La cavalerie doit ensuite avancer rapidement sur Cambrai, tandis que les unités d'infanteries et les tanks prennent la crête de Bourlon avant d'avancer au nord-est sur Valenciennes.
La bataille débute le 20 novembre 1917 par un bref tir de barrage de 1 000 pièces d'artilleries pour briser la résistance de la ligne Hindenburg. L'attaque principale est menée par 476 chars d'assaut (environ 380 en première ligne et une centaine en réserve). C’est la première utilisation massive de tanks de la guerre. Ces blindés sont suivis par 6 des 19 divisions du Général Byng et avancent de 8 kilomètres sur le front. Les premières attaques sont décisives. La ligne Hindenburg est percée par endroits de 9 à 12 kilomètres, sauf à Flesquières où les Allemands résistent avec acharnement et parviennent à neutraliser plusieurs chars. En outre, la mauvaise coordination entre l'infanterie et les tanks britanniques contribue ici encore à ralentir leur progression.
Malgré les grands progrès réalisés dès le premier jour de la bataille, les Britanniques rencontrent beaucoup de difficultés à maintenir leur rythme de progression. De nombreux chars d'assauts connaissent en effet des défaillances mécaniques, s'embourbant notamment dans les fondrières ou étant détruits par des tirs d'artillerie allemande à courte portée. La bataille se concentre autour de la crête de Bourlon, à l'ouest de Cambrai.
Le 30 novembre, les troupes allemandes engagées contre la IIIème armée britannique du Général Byng, entament des contre-attaques en vue de regagner le terrain perdu. Le Prince consort Rupprecht de Bavière, commandant du secteur menacé, a ainsi dépêché des renforts considérables au secours de la IIème armée du Général von der Marwitz qui a, jusque-là, essuyé le gros de l'attaque.
Les contres attaques allemandes sont particulièrement efficaces, principalement pour trois raisons que sont l'utilisation d'un tir de barrage bref, l'emploi de nouvelles unités de soldats d'assaut (des Sturmtruppen, comme contre les Russes à Riga) et le soutien apporté par des avions à basse altitude aux unités en première ligne. Les Britanniques, trop déployés et manquant de réserves, sont contraints d'abandonner une grande partie du territoire âprement gagné. Le 3 décembre, le Général Haig donne l'ordre de retrait du saillant et le 7 décembre, tout le terrain conquis par les Britanniques est abandonné à l'exception d'une partie de la ligne Hindenburg autour d'Havrincourt, de Ribécourt et de Flesquières. Les Allemands gagnent en revanche une bande de terrain au sud de Welsh ridge.

A Cambrai, les tanks qui n’avaient pu tenir seuls le terrain durent certes se replier. Mais peu à peu, une évidence s’impose à tous les Etats-major : engager des chars de manière massive était le moyen le plus efficace de percer les lignes ennemies en déplorant un minimum de pertes humaines, même face à des tranchées très bien défendues.



Les chars de la victoire




Les chars lourds Saint-Chamond étant lents et peu maniables, l’Etat-major français donna rapidement la préférence aux tanks légers de Renault, Berliet et Schneider sans abandonner toutefois les Saint-Chamond qui, seuls, pouvaient franchir les coupures de deux mètres. Leur construction en grande série (Renault FT-17 et Schneider C.A.1 notamment) permit dès lors à l’Entente d’appuyer ses offensives par de larges déploiements d’engins blindés. 
Les chars français remportent leur premier grand succès à Villers-Cotterêts, le 18 juillet 1918, durant la seconde contre-offensive de la Marne. Faisant références à ces blindés, Marc Ferro écrit : « Désormais ils participèrent à toutes les attaques en dépit des pertes sévères que leur infligèrent les Allemands (50 % par engagement). On ne conçoit plus de percée sans eux ».  500 nouveaux chars arrivant au front tous les mois, le roulement est en outre assuré. Ainsi, en août 1918, 1 500 chars français sont engagés en ligne pour autant de tanks anglais qui, sous la direction du Général Rawlinson, remportent à leur tour un grand succès stratégique le 8 août à Amiens. L'attaque alliée est destinée à libérer une large partie de la ligne de chemin de fer entre Paris et Amiens, occupée par les Allemands depuis l'opération Michael menée au mois de mars 1918.

L'offensive est notamment menée par la IVème armée britannique du Général Rawlinson qui doit avancer méthodiquement sur un front de 25 kilomètres. L'attaque est précédée par un bref barrage d’artillerie avant qu’un peu plus de 400 tanks ouvrent l'avancée des 11 divisions britanniques engagées dans la première phase de l'assaut. L'aile gauche de la Ière armée française du Général Eugène Debeney soutient par ailleurs l'offensive britannique. Les défenses allemandes sont assurées par la IIème armée du Général Georg von der Marwitz et la XVIIIème armée du Général Oskar von Hutier. Les deux généraux allemands disposent de 14 divisions en ligne et de 9 en réserve. L'attaque franco-britannique est un plein succès et les Allemands sont contraints de battre en retraite de 15 kilomètres.
Le comportement de l'armée allemande est en réalité inquiétant pour l’Etat-major et semble de mauvais présage pour la suite des hostilités. Certaines unités en première ligne ont simplement fui les combats sans opposer beaucoup de résistance, malgré les nouvelles armes anti-tank allemandes (Gewehr 1918). D'autres (quelque 15 000 soldats) se sont rapidement rendus. Quand la nouvelle parvient au général Ludendorff, chef d'Etat-major général adjoint, il qualifie le 8 août de « jour noir pour l'armée allemande ». Mais la situation ne s'arrange pas. Le lendemain, de nombreux autres soldats allemands sont faits prisonniers.
Le 10 août, la bataille d'Amiens évolue vers le sud du saillant tenu par les Allemands. La IIIème armée française se dirige sur Montdidier et force les Allemands à abandonner la ville, permettant la réouverture de la ligne ferrée Amiens-Paris.
La première phase de l'offensive alliée arrive ainsi à son terme face à la résistance accrue des Allemands le 12 août. Cependant, leur défaite est nette. Les pertes allemandes s'élèvent à 40 000 hommes tués, blessés et 33 000 faits prisonniers. Les pertes françaises et britanniques totalisent 46 000 soldats. La bataille d’Amiens restera le plus grand affrontement de chars de la Grande Guerre, les nouveaux MK-V britanniques constituant l’essentiel des bataillons d’assaut. La cavalerie seule ayant en outre été décimée par endroits ou ayant dû fuir devant des nids de mitrailleuses allemands, les blindés semblaient déjà devoir dominer les champs de bataille.



Comme une ironie de l’histoire




L’armée allemande n’aura au contraire jamais cru à l’efficacité des blindés et fut de fait très en retard dans ce domaine. Seuls 20 chars A7V, des « boîtes blindées » peu manœuvrables, sont ainsi construits en 1918. Les derniers affrontements de la guerre voient pourtant se confirmer l’efficacité des tanks. 
Lors de sa première grande opération indépendante durant la bataille de Saint-Mihiel en septembre 1918, l’Armée américaine engage 267 chars, tous de fabrication française, dont des FT-17, sous le commandement d’un certain Lieutenant-colonel George Patton qui devait brillamment s’illustrer durant la Seconde guerre mondiale. En novembre 1918, il y a plus de 2 000 chars français en ligne, les Français en ayant construit 4146 sur l’ensemble du conflit pour 2542 pour les Britanniques. 
L’Entente aura ainsi produit plus de 6000 chars durant la Grande Guerre. Des chars qu'on allait bientôt baptiser « les chars de la victoire ». Des chars qu’une poignée d’officiers allemands zélés allaient étudier après la guerre en vue de venger la défaite de 1918. Des chars dont l’un des plus célèbres d’entre eux, le Général Heinz Guderian, dira, non sans clairvoyance, que « s’ils réussissent, la victoire suivra ». Comme une ironie de l’histoire, ces mêmes chars devaient en effet écraser l’Armée française deux décades plus tard et offrir par là même sa revanche à l’Armée allemande.


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