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La réoccupation de la Rhénanie

OPÉRATION SCHULUNG
La réoccupation de la Rhénanie, le coup de poker d'Hitler

En pleine nuit, le quartier général de l'armée (Oberkommando des Heeres) et le ministère de la Guerre (Reichsminister Für Krieg) ont reçu le feu vert d'Hitler lui-même : le 7 mars 1936 au matin, une cinquantaine de milliers d'hommes en 3 colonnes prennent la route de la Rhénanie.
Ces trois colonnes sont constituées de dix-neuf bataillons, douze batteries d'artillerie et quelques escadrilles. La 2ème Panzer-Division (Guderian) est en alerte à Wurzbourg et prête à intervenir.
Il n'y a aucune opposition, les troupes allemandes sont accueillies par une foule en liesse.


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Civils saluant les troupes allemandes traversant le Rhin à Mayence, le 7 mars 1936

Un petit retour en arrière s'impose

En 1919, le Traité de Versailles impose la démilitarisation de la Rhénanie : pas de garnisons, pas d'installations pour une éventuelle mobilisation, pas de possibilités de manoeuvres militaires pour les forces allemandes.

Hitler réalise, depuis son accession au pouvoir, qu'il devra se protéger de son puissant voisin à l'ouest s'il veut pratiquer sa politique d'expansion. En effet, la Rhénanie est une plaie béante : à tout moment, la France peut investir le Reich et couper ses artères économiques vitales. La réoccupation est l'objectif principal d'Hitler, les proches du Führer l'ont d'ailleurs mentionné à plusieurs reprises,
de manière très explicite, comme Joseph Goebbels, dès janvier 1936 : "L'armée allemande doit être à la frontière".
En 1934, à Bruxelles lors d'un banquet, le général Knochenauer, inspecteur de la cavalerie, déclara que "les troupes allemandes [reprendraient] très rapidement la garde du Rhin".

Hitler attend le bon moment pour mettre son plan à exécution (d'ailleurs en 1920, le premier paragraphe du programme du parti national-socialiste précise : "Nous exigeons la réunion de tous les allemands dans un grand Reich [...] tous ceux qui vivent aujourd'hui sous domination [...] polonaise, tchèque, française, doivent rentrer dans le sein de ce Reich allemand). L'année 1935 marque un tournant :
L'Angleterre et la France perdent en Europe un ancien allié (l'Italie) en tentant de contrer les ambitions italiennes en Afrique.
Le front allié est divisé, la France est affaiblie à l'extérieur sur le plan diplomatique, et à l'intérieur, ce qui passionne l'opinion française, ce sont les scandales (affaire Stavisky), mais aussi la déception, l'ironie devant la "valse des gouvernements" de la Troisième République: 18 cabinets en six années de 1930 à 1936.
La SDN (Société des Nations) est en échec : incapable de résoudre pacifiquement le conflit en Ethiopie.
C'est le pacte franco-soviétique qui va fournir à Hitler un prétexte pour agir : devant le réarmement de l'Allemagne, les soviétiques et les français se sont rapprochés (directement menacés par l'Allemagne).
Pierre Laval (convaincu par Pierre-Etienne Flandrin) se rend à Moscou pour rencontrer Staline. Le 12 mai 1935, le gouvernement allemand proteste : l'accord que signent les français et les russes est viole le traité de Locarno (signé en 1925, pour le maintien de la paix en Europe. L'Allemagne avait reconnu à la fois l'inviolabilité de ses frontières avec la France et la Belgique, ainsi que la démilitarisation de la Rhénanie, et prévoyait la réciprocité de la non-agression, accords entre France-Pologne et France-Tchécoslovaquie.), l'Allemagne stipule que ce pacte a un caractère agressif qui est contraire à l'esprit de la SDN.
Le 27 février 1936, les députés de l'Assemblée Nationale approuvent le pacte par 353 voix contre 164.
Hitler est en colère : le 1er mars, il révèle son plan d'attaque à ses plus proches collaborateurs.
Les généraux de la Wehrmacht sont convaincus que la France réagira, l'armée allemande étant trop faible.
Toutefois Hitler croit en son étoile et décide de mettre son plan à exécution.

La réoccupation de la Rhénanie se déroule un samedi, l'opération est baptisée "Schulung" (Formation).
Il sait que le samedi, les Anglais ne bougeront pas, les Français non plus.
Depuis 1934, des mesures sont prises (camps militaires, dépôts d'armes à Cologne par exemple).
25000 S.S., 150000 S.A. et 30000 policiers prêteront main forte à l'armée allemande pour la réoccupation.

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Les réactions de la France et de l'Angleterre

Dès 9 heures, Albert Sarrault préside une réunion extraordinaire, mais c'est un samedi matin, donc plusieurs membres du cabinet sont absents.
Au début de l'après midi, Pierre-Etienne Flandin consulte les ambassadeurs de Belgique, Grande-Bretagne et d'Italie, et les représentants de l'URSS, de la Tchécoslovaquie et de la Yougoslavie ne peuvent que retenir les infractions à l'article 42 du Traité de Versailles et aux articles 2 et 4 du traité de Locarno "En cas de violation flagrante [...] chacune des puissances contractantes s'engage à porter immédiatement assistance à la partie contre laquelle une telle violation aura été dirigée [...] dès lors qu'en raison, soit du franchissement de frontière [...] ou du rassemblement de forces armées dans la zone démilitarisée, une action immédiate est nécessaire".
A trois semaines des élections, on n'ose pas déclarer la guerre. Même l'Etat-Major est hésitant : on surestime les effectifs militaires allemands. La mobilisation générale est nécessaire pour vaincre, selon eux.
Bilan de la première journée : "La France a pris la décision de ne rien faire sans l'Angleterre et de saisir le conseil de la SDN de la réoccupation de la Rhénanie"
Or, l'Angleterre est pour la "temporisation".
Par exemple, Lord Lothian déclara : "The Germans are after all only going into their own back garden" ("après tout, les allemands reviennent juste sur leur propre terre")
La Pologne est du côté de la France quelle que soit la décision prise par le gouvernement français, Paul van Zeeland, premier ministre belge, dissuade la France d'agir militairement : la Belgique opte pour la neutralité, confirmée par le discours du roi Léopold III le 14 octobre 1936.
Le dimanche 8 mars au matin, nouvelle réunion à Paris. Des "mesurettes" sont prises : occupation de la ligne Maginot, mise en état d'alerte des garnisons, mais aucune action sur la zone remilitarisée. La France ne procédera à aucune action isolée.
L'opinion française est marquée par l'esprit de Genève. Léon Blum prône la conciliation, et à droite, Charles Maurras nomme Albert Sarrault "Sarrault-la-guerre"... Le gouvernement français est indécis, et saisit la SDN le 14 mars, soit une semaine après le coup de force allemand.
Le 15 mars, von Neurath accepte l'envoi d'un représentant du Reich, sous condition d'avoir "les mêmes droits que les représentants des puissances siégeant au conseil" (alors que l'Allemagne a quitté la SDN trois ans plus tôt).
Von Ribbentrop arrive à Londres le 18, et va y tenir un langage des plus habile. 10 pays sur 13 constatent la violation allemande, mais le Reich n'est ni blâmé ni condamné.

Sources:
Jean LANZI La première "Opération Bluff" signée Hitler
John Campbell "The Experience of World War II"
Divers sites web

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