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Le fait colonial

 

Le Fait colonial

 

                           Par kuriste

 

 

 


 

 

 

 

 

 

Les fondements de l’expansion coloniale.

 

 

 

  Une première fois en 1492, l’Europe s’était lancée à l’assaut du monde. Mais, au début du XIXè siècle, il ne restait plus grand-chose de la puissance des premiers colonisateurs. L’Espagne avait perdu depuis longtemps son statut de grande puissance et s’apprêtait à affronter l’émancipation de ses colonies d’Amérique latine ; Le Portugal n’était plus qu’un état sous la protection de l’Angleterre. En fait, celle-ci restait en lice, à peine contestée par la hollande encore puissante en Asie du sud-est, et par la France revenue au Sénégal en 1816 (où survint l’épisode tragique de la frégate la Méduse, immortalisée par Géricault un an plus tard)..

A dire vrai, l’Angleterre n’avait alors pas besoin de conquêtes nouvelles, tant son emprise sur les outremers était grande. Elle avait tiré la leçon de l’émancipation de ses colonies américaines : nul besoin de colonies, destinées un jour ou l’autre à se rebeller, il suffisait de dominer par l’exercice d’un « impérialisme informel » dont elle conservait la capacité, elle qui s’était engagée la première dans la révolution industrielle.

L’explication d’une simple recherche de marchés apparaît aujourd’hui trop courte. Le mercantilisme qui avait constitué le fondement des anciens empires coloniaux est condamné. Ce dernier reposait sur le système de l’exclusif, à savoir le monopole du commerce des produits coloniaux entre la métropole et ses possessions. Ce système éclate avec la révolution industrielle et le règne du libéralisme économique. En conséquence, les économistes de l’époque condamnent la possession de colonies, d’autant que ces dernières (selon l’exemple américain) étaient condamnées à s’émanciper un jour ou l’autre. En 1914, l’investissement colonial ne représente que 15% des investissements de la France à l’étranger. Quant aux marchés, ils ne représentent pas plus de 10% du commerce extérieur. Cela n’empêche pas que des opérations commerciales soient entreprises, ni que des profiteurs de tourtes sortes se soient lancés dans l’aventure, mais les colonies ne forment pas la partie la plus dynamique du capitalisme de l’époque. D’autres facteurs entrent donc en jeu.

Des mécanismes subtils se mettaient en place dès a fin du XVIIIè siècle et dans la première moitié du XIXè. Les lumières et les puissants mouvements protestants du revival avaient milité en faveur de la lutte contre la traite et l’esclavage. Ainsi s’était vulgarisée l’idée d’une mission contre les ténèbres de la barbarie, accréditant le devoir d’ingérence de l’Europe civilisatrice. Les lumières avaient aussi amorcé un mouvement de curiosité savante qui devait prendre tout son ampleur au XIXè siècle, avec les explorateurs et géographes, quitte à se laisser instrumentaliser, après 1870, dans des desseins parfaitement politiques (Margerie, fondateur de la géographie physique en France, sous l’impulsion de l’armée et de ses services de topographie).

Enfin la révolution industrielle, elle-même, facilita l’abandon des vieux systèmes coloniaux fondé sur la traite des esclaves, le « commerce honteux » et l’exclusif colonial, en suscitant de nouveaux besoins qui entraînèrent des reconversions et de nouveaux échanges. « Achetez nos bougies pour lutter contre la traite » disaient les fabricants de Londres ou de Manchester… Bientôt, armée de sa formidable supériorité technique et militaire, l’Europe pouvait se lancer dans une nouvelle aventure coloniale.

 

 

 

Quand cela commença-t-il vraiment ?

 

 

  En Algérie en 1830 ? Mais la conquête d’Alger ne fut qu’un « accident » de la politique intérieure de la France qui tourna à une guerre sans merci et se heurta à une résistance farouche. En 1824, avec le grand trek qui marque le début de l’expansion blanche à l’intérieur de l’Afrique australe ? Mais il ne constituait qu’une séquelle des guerres révolutionnaires en Europe, bien qu’il tournât immédiatement à l’affrontement avec les noirs. Les épisodes décisifs qui marquèrent véritablement l’entrée dans l’ère coloniale se produisirent plus tard, quand les britanniques entreprirent de briser le verrou que les états boers opposaient à leur pénétration ; ils débouchèrent sur des guerres impitoyables avec les africains, les zoulous notamment, et les boers. Et la France, sous la monarchie de Juillet et le second empire, n’avait manifesté que des velléités d’expansion (escales, comptoirs, point d’appui) en Afrique (Sénégal, Golfe de Guinée), dans le Pacifique et en Cochinchine. Le véritable commencement de la « ruée » coloniale de l’Europe ne se fit que tardivement dans les années 1880 avec le « scramble » (course au clocher) en Afrique, la puissance française s’affirmant notamment par la puissance de la canonnière. Dès lors tout alla très vite et 20 ans plus tard les empires coloniaux en Afrique et en Asie étaient pratiquement constitués. Sauf modifications postérieures, les limites ainsi tracées par l’Europe devaient rester les frontières des états actuels.

 

 

 

Coloniser, comment et pourquoi faire ?

 

 

  Si le missionnaire vient pour évangéliser, le colonisateur, lui, n’a pas toujours de projet bien défini si ce n’est d’exploiter, on disait « mettre en valeur » les richesses supposées ou réelles, c’est-à-dire domestiquer une nature indisciplinée, abandonnée à des pratiques jugées improductives ou destructrices et la plier aux normes de l’occident. Coloniser cela voulait dire administrer et juger, organiser des services d‘utilité commune, comme la poste, éduquer, tâche d’ailleurs souvent partagée avec les missionnaires, soigner, mais surtout équiper et développer des cultures d’exportation. De cette façon, les colonisateurs édifièrent un Etat colonial porteur d’une modernité qui se heurta aux résistances des religions, des mentalités, bien plus efficaces que les anciennes résistances armées. Mais ces Etat créa en même temps des catégories sociales qui surent récupérer cette modernité pour la retourner contre les colonisateurs ; le phénomène est bien connu.

 

L’état colonial généra enfin une société présentée habituellement comme une société duale de privilégiés blancs opposés à une masse de dominés. Cette image est plus qu’à nuancer. Les colonisateurs européens ne furent jamais très nombreux dans les colonies presque toutes tropicales, et l’émigration de peuplement se cantonna à des zones politiquement très importantes, mais limitées, en Afrique du Nord (Algérie, 1 million d’Européens en 1954). Ailleurs, en Asie et en Afrique, ils ne représentèrent que des armatures appuyées sur une infinité d’auxiliaires, d’alliés et de collaborateurs indispensables.

Ainsi, toutes les colonisations furent-elles caractérisées par un degré plus ou moins grand d’ambiguïté dans les rapports entre les dominants et les dominés. Elles traduisirent finalement une assez extraordinaire « bonne conscience » générale des populations métropolitaines elles-mêmes, perceptibles à travers les glorifications impériales de l’entre-deux-guerres.

 

 

 

La colonisation, antichambre des expériences génocidaires du XXème siècle?

 

 

« Moi, le général des  troupes allemandes, adresse cette lettre au peuple herero. Les hereros ne sont plus désormais des sujets allemands. Ils ont tué, volé, coupé des nez, des oreilles, et d’autres parties de soldats blessés et maintenant, du fait de leur lâcheté ils ne se battent plus.

Tous les hereros doivent quitter le pays. S’ils ne le font pas, je les y forcerai avec mes grands canons. Ils doivent partir ou mourir. Telle est ma décision pour le peuple herero. »

 

Général Von Trotha, commandant en chef des forces allemandes, 1904, sous la direction du gouverneur Heinrich Goering (père de Hermann Goering, haut dignitaire nazi).

 

Repoussés de force dans le désert du Kalahari (actuelle Namibie), « les râles des mourants et leurs cris de folie furieuse résonnèrent dans le silence sublime de l’infini. Le châtiment avait été appliqué. » 30.000 hereros vont y trouver la mort, près de 50% des membres de la communauté. Le reste connaîtra les affres des camps de concentration (le mot apparaît en 1905), mêlant pour la première fois détention et travail forcé. Voici le récit de la première guerre coloniale à caractère génocidaire. Genèse des folies totalitaristes, Hitler n’est pas venu au monde avec des idées neuves.

Le fait colonial est constitutif de l’ère victorienne, basée sur l’idée de la supériorité de l’homme blanc sur les peuples indigènes, convoitises économiques (l’indienne anglaise produite à Manchester se vend principalement en Inde !!), et élément de poids dans le concert diplomatique, cette domination, comme nous le montre parfaitement l’exemple allemand est aussi une matrice aux génocides du siècle suivant. Mais l’ère victorienne n’est pas encore le XXè siècle, l’Allemagne Wilhelminienne reste circonscrite en Namibie par 4 limites : la politique d’extermination ne s’inscrit pas dans une perspective chrétienne, extermination irréaliste sur le plan matériel, économiquement insensée, risquait de nuire à l’Allemagne dans sa réputation de nation civilisée.

 

 

 

Henri Gervex, Distribution des récompenses à l'exposition universelle de 1889

 

 

 

 

L’Exposition de 1889 ne fut pas seulement celle qui mit à l’honneur la tour Eiffel, elle célèbre également, comme nous le montre ce tableau de Gervex,  une certaine idée du fait colonial : exaltation de la puissance française, mise en avant du rôle civilisateur du colonialiste. Des idées qui feront recettes jusqu’à l’exposition coloniale de 1931, qui régénèrent la confiance de la France en elle-même, troublée depuis la lourde défaite de 1870...

 

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