Système TeamSpeak du Réseau Jeux-Strategie.com Abonnez-vous à nos flux RSS Mur du Réseau Jeux-Strategie.com
 

      

Le Déclin et la Chute de l'Empire Ottoman

Créé le : 22 May 2005

Edition du : 14 July 2005

Auteur : franchil

 

Le Déclin et la Chute de l'Empire Ottoman

Réalisé par Lieutnant_Dan

 

 

 

  L’histoire de l’empire au 19e siècle est avant tout celle d’un déclin et d’une longue agonie qui aboutira, en 1923, à la disparition définitive de ce qui fut durant plusieurs siècles l’une des toutes premières puissances politiques et religieuses du monde. Comment l’Etat Ottoman, qui fut au bord de prendre Vienne en 1683, qui était présent des frontières du Maroc aux montagnes de la Perse, des rivages de la Crimée aux cataractes nilotiques, de Budapest à La Mecque, s’effondra-t-il jusqu’à ne plus être que le jouet des ambitions des puissants occidentaux ? Comment Clemenceau peut-il en arriver à déclarer à la Chambre en 1920 qu’il faut que « le peuple turc disparaisse de l’histoire » ?

 

 

  La période 1836-1920 est très fertile en événements. « L’homme malade de l’Europe » tel que défini par le Tsar Nicolas 1er en 1853 connaît une séries de conflits qui rétrécissent considérablement son territoire (Grèce 1830, Egypte 1832-1841, Crimée 1856, Russie 1878, Grèce 1896, Crète 1898, Italie 1911, Balkans 1912, 1ère guerre mondiale 14-18). Dans le même temps, les élites ottomanes tentent de contrer cette évolution négative en se livrant à des réformes sociales, politiques, économiques et administratives. Le vieil Empire traditionnel disparaît corps et bien au cours de ces décennies d’intense changement politique. La pression extérieure (français, russes, britanniques, italiens, grecs, slaves) se fait si forte, sous l’égide du nationalisme des populations chrétiennes, que l’Empire est contraint d’accorder des indépendances, d’occidentaliser ses pratiques administratives, militaires et politiques (une Constitution est élaborée en 1876). L’histoire impériale est à la fois celle d’un déclin et d’une transformation. L’occidentalisation violente menée par Kemal, qui sabordera l’ensemble des acquis impériaux, ne sera que le dernier avatar de cette évolution.

  L’Empire est passé, avant cela, par trois phases : l’ère des Tanzimats (= réformes, réorganisation) qui va des efforts d’Abdül-Medjid 1er pour répondre au défi posé par les européens (1839) à l’arrivée sur le trône d’Abdül-Hamid II à l’issue d’une révolution constitutionnelle (1876) ; la seconde période, celle de la Constitution et de son échec s’étend de 1876 à 1908, moment de la Révolution jeune-turque ; enfin, la troisième phase commence avec le « coup de Salonique » et s’achève avec fracas lors de la signature de l’armistice de Moudros en 1918 et la fuite qui s’ensuit des dictateurs Jeunes Turcs.

 

I)     L’ère des Tanzimats : Genèse d’une mutation 1839-1876

 


-         DISPARITION DES JANISSAIRES

 

 

  La mutation de l’Empire prend corps dès la fin du 18e siècle et les réformes de Sélim III qui concernent strictement un aspect militaire. Cette transformation, la première d’une longue série ne s’imposera pas. Les Janissaires, « fer de lance de l’ordre traditionnel » (B.Lewis), cet ordre de soldats balkaniques, refusent totalement ce que le Sultan leur propose, et finissent par le renverser en 1807, immobilisant pour quelques décennies le mouvement de réformes. La réaction conservatrice amène les Sultans à adopter des mesures plus radicales en supprimant le corps multiséculaire des Janissaires. Le 15 juin 1826, à la suite de graves troubles, la plupart des janissaires sont massacrés à Istanbul par le pouvoir étatique ottoman. Cet événement retentissant, qu’on appellera le « vak’a-i Hayriye », ou « incident de bon augure » en turc, est suivi de près par la suppression définitive et officielle du corps des Janissaires le 17 juin. Les forces conservatrices de l’Empire Ottoman sont décapitées car elles perdent là leur fer de lance, la principale institution centrale qui soit favorable au statu quo, à la structure féodale contre la centralisation voulue par les Sultans. Mahmud II (1808-39) est celui qui se débarrassa des encombrants soldats slaves. Malheureusement, le corps de réformes qu’il tenta ensuite d’imposer manqua de cohérence. Le prussien von Moltke, appelé en renfort, ne parvint pas à réformer l’armée. Mahmud II remplacera néanmoins les institutions anciennes par des organisations qui ne dépendent que lui, augmentant ainsi son pouvoir et celui du gouvernement d’Istanbul. Cette politique ne fut néanmoins pas encore assez généralisée pour avoir un effet notable.

 

 

-         PREMIERES REFORMES

 

  Son successeur Abdül-Mecid Ier, va profiter de la modification de la structure étatique par son prédécesseur pour accentuer les réformes en proclamant en 1839, peu après la perte d’Aden au profit des britanniques, le « Hatt-i Şerif de Gülhane » (=Noble Rescrit de la Maison des Roses), qui lance le mouvement de réorganisation des Tanzimats. Le Noble Rescrit ne se présente pas comme un programme d’action à long terme mais comme le démarrage d’une nouvelle ère pour l’Empire Ottoman. Certains principes novateurs y sont affirmés, comme l’égalité de tous devant la loi, (rompant l’inégalité islamique entre croyants et infidèles), le droit à un jugement équitable et public, le recrutement régulier des armées, les droits de propriété et d’honneur, un mouvement de réforme fiscale et juridique.

 

 

 -      LA GUERRE DE CRIMEE ET LA SECONDE VAGUE DES REFORMES

 

Ces changements passent relativement mal, et, en 1856, une deuxième vague de réformes submerge l’administration ottomane. Cette seconde vague est provoquée par la Guerre de Crimée. Celle-ci oppose la Russie à l’Empire, qui reçoit le soutien des français, des sardes et des britanniques, très inquiets d’une éventuelle prise de contrôle des Détroits par les Tsars. La victoire finale des alliés de l’Empire sur la Russie (victoire de Sébastopol) sauve les sultans. Mais elle a un prix : la Réforme entamée dans les deux précédentes décennies doit être accentuée, les pressions occidentales se font très fortes

 

 

De nouveaux codes juridiques, d’inspiration française, remplacent les anciennes jurisprudences coraniques. Les Tanzimats sont jugées globalement inefficaces, même si elles provoquent quelques améliorations notables en ce qui concerne l’organisation politique. Les sultans successifs détruisirent les pouvoirs intermédiaires traditionnels mais ne les remplacèrent pas, ou si peu. Ce qui rendit la réforme très incomplète. La bureaucratie d’État en profita néanmoins pour occuper l’espace laissé vide et le gouvernement, situé dans le bâtiment dit de la « Sublime Porte », s’occupa des réformes des Tanzimats à un point tel que François Georgeon peut qualifier cette période de « siècle de la Sublime Porte ». Le vrai pouvoir va désormais reposer dans les mains d’administrateurs résolus qui vont lancer la seconde vague de réformes : la modernisation technique du pays, des chemins de fer (qui apparaît en 1866) au télégraphe en passant par l’autorisation de la publication de journaux, la réforme de l’éducation (medressés remplacées par des écoles plus occidentales, plus techniques, plus scientifiques) ont une influence non négligeable et permettent l’émergence de deux mouvements connexes (centralisation de l’Etat, naissance d’une élite modernisatrice)

 

 

-         LA FIN DES TANZIMATS

 

  La réforme purement administrative et technicienne des Tanzimats ne fut pas suffisante, il fallait faire naître un mouvement de réforme de la société dans son ensemble. L’idée générale des élites réformatrices de l’époque est qu’il faut une Constitution à l’Empire. La première crise d’importance qui affecte l’Empire après la guerre de Crimée se produit en 1875 lorsque les populations chrétiennes de Bosnie et d’Hérzégovine se révoltent alors même que l’Empire connaît une crise financière grave. Soutenues par les puissances européennes, les populations non musulmanes des Balkans jouent un rôle de déclencheur pour les mouvements réformateurs. Ceux-ci s’emparent du pouvoir, menés par Midhat Pacha, le Grand Vizir, et, après que le sultan se fut suicidé dans des conditions pour le moins douteuses, le remplacent et obtiennent la promesse de la rédaction d’une Constitution. La guerre qui s’ouvre en 1876 coïncide donc avec la fin de la période des Tanzimats. Le bilan de la période 1839-1876 est contrasté : les insurrections chrétiennes, les difficultés militaires de l’empire prouvent que les réformes n’ont pas produit les effets escomptés et réduit la différenciation militaire entre l’ottoman et ses voisins. D’autre part, comme le pense B. Lewis, « En 1876, la réforme était déjà allée trop loin pour qu’il fut possible de revenir purement et simplement au passé. [...] Qu’elle [la modernisation] avançât vite ou lentement, droit ou de biais, elle ne pouvait plus reculer ».

 

 

II)         La révolution constitutionnelle et l’absolutisme hamidien 1876-1908.


 

- REVOLUTION ET CONSTITUTION A ISTANBUL

 

  La révolution constitutionnelle qui met à bas le Sultan Abdül-Aziz le 30 mai 1876 se produit dans un contexte extrêmement troublé. Les vassaux balkaniques, entrés en guerre en réaction aux exactions ottomanes, sont écrasés début septembre. La Constitution est rédigée et promulguée le 24 décembre de la même année. Le premier Parlement de l’histoire ottomane est élu et réuni le 19 mars 1877. La Constitution est utile au Sultan, pour quelques temps encore: elle satisfait les grandes puissances occidentales, dont l’Empire a absolument besoin pour faire contrepoids aux menaces russes qui se précisent de jour en jour, en outre, elle désarme les critiques des libéraux et réformistes qui peuvent tout aussi bien agir avec le Sultan comme avec ses infortunés prédécesseurs (= le renverser et l’exécuter). La Constitution est elle-même relativement généreuse avec les pouvoirs du monarque. Si le régime politique donne de larges prérogatives au Sultan, certains principes généraux sont proclamés, comme l’indépendance de la justice, la liberté de culte ou encore l’égalité de tous au sujet des emplois.

 

 

- LA CATASTROPHE DE 1878 ET L’ABSOLUTISME DU SULTAN

 

  Cet édifice ne tiendra pas deux ans et ne survivra pas à la catastrophique guerre contre la Russie. Le 24 avril 1877, la Russie, la Grèce et la Roumanie déclarent la guerre à l’Empire. Au bout de quelques mois, Edirne, l’ex-Andrinople, seconde capitale historique des Osmanlıs, après Bursa, est prise par les russes qui imposent une paix extrêmement sévère à San Stefano, corrigée en partie à Berlin quelques mois plus tard. L’effondrement militaire fut spectaculaire et considérable. Abdül-Hamid suspend la Constitution en février 1878 et celle-ci ne sera réactivée que trente ans plus tard. Le Congrès de Berlin de juin 1878 consacre encore une fois la faiblesse de la position ottomane. Cette période hamidienne ouvre la voie à « un despotisme centralisé et absolu » : la réforme est  nécessaire au vu des Traités de Paix, et elle se fera à marche forcée. De 1878 à 1881, après l’humiliation que constitue le Traité de Berlin qui ampute l’Empire de 200 000 kilomètres carrés de territoires et de cinq millions et demi d’habitants (Bessarabie à la Russie, Roumanie et Bulgarie autonomes, Serbie et Monténégro indépendants, Chypre britannique, la Tunisie passera sous protectorat français en 1881, l’Egypte, déjà semi-indépendante de facto depuis 1841, sous domination anglaise en 1882), le Sultan assure son pouvoir en éliminant les sources de dissension internes, alors même que l’Empire vient de reculer dans des dimensions jamais vues auparavant.

 

 

- REFORMES

 

  En premier lieu, le Sultan réforme la justice en rendant indépendante l’institution sécularisée depuis les Tanzimats. En second lieu, il revoit le système éducatif, élargit le recrutement des Mülkiyes (écoles d’administration), rationalise la gestion de carrière des fonctionnaires, modernise le système d’imposition. Mais surtout il tente d’améliorer le fonctionnement de l’armée, humiliée en 1878, préoccupation habituelle des réformateurs ottomans (on assiste notamment à la « prussianisation » de l’armée ottomane). Son incapacité à se mesurer aux puissances extérieures inquiète toutefois toujours autant le pouvoir. Les conséquences du Traité de Berlin sont encore fraîches dans les mémoires et constituent un sujet majeur de préoccupation. La question fondamentale du réformisme est toujours identique : comment réformer l’État afin de le sauver ? Les trente années du règne hamidien sont rythmées par de nombreuses réformes visant toutes à assurer à l’Empire le maintien de sa position dans la structure internationale et à enrayer son recul.

 

 

- LA SOCIETE CIVILE S’EMANCIPE : LA MENACE JEUNE TURQUE

 

  Si la période hamidienne ne constitue pas à proprement parler une rupture avec la période précédente, un événement notablement différent se produit néanmoins. Les générations d’élites formées par un système éducatif en pleine progression vont prétendre à une intégration plus poussée au champ politique et se placer en opposition au despote stambouliote. La politique répressive menée par le Sultan à l’encontre de ses opposants provoqua l’émergence d’un fort sentiment de rejet de son autoritarisme. Malgré la longue paix que traverse l’Empire durant son règne (Si l’on excepte la courte guerre, gagnée, de 1896-97 contre les Hellènes ), les critiques à son encontre se multiplient et notamment celles d’un petit mouvement appelé à devenir en vingt ans le principal référent de la lutte anti-hamidienne, le Comité Union et Progrès (CUP) ou « Ittihadd ve Terakki Cemiyeti » en turc.

 

 

- LUTTE A MORT ENTRE LES JEUNES TURCS ET ABDUL-HAMID II

 

  En quelques années, ce mouvement appelé « Jeune Turc » saura mobiliser sur son nom les principales forces d’opposition non conservatrices et deviendra le principal challenger du gouvernement hamidien. Malgré les efforts du Sultan pour enrayer ce mouvement, de nombreux étudiants, militaires, bureaucrates, en un mot les élites stambouliotes de l’époque, se reconnaissent dans ses propositions. Il s’agit de remettre en place la constitution, d’empêcher le despotisme du Sultan et de mettre en place une politique nationaliste à la place du panislamisme militant que défend le Sultan-Calife. La politique de restauration du prestige du Califat que mène le Sultan laisse les élites et les CUP plutôt dubitatifs. Pour eux, l’islam ne constitue pas la solution aux problèmes de l’empire ottoman. Le Sultan pense qu’en réunissant à lui toutes les populations islamiques menacées par l’occident, il parviendra à créer une dynamique politique et militaire qui relancera l’Empire Ottoman sur la scène internationale. En devenant chef de tous les musulmans du monde, le Sultan s’assurerait un moyen de pression considérable sur les français, les russes et les britanniques, qui sont confrontés à la réaction des peuples colonisés.

  En 1906, l’organisation des CUP était devenue un danger pour le pouvoir, car ses leaders n’étaient plus des étudiants ou des professeurs mais des « officiers putschistes » installés en Macédoine et déterminés à faire plier le Sultan. C’est de Salonique, ville de naissance d’un jeune officier de l’armée turque nommé Mustafa Kemal, que provient la déflagration qui, en quelques jours, emporte l’absolutisme hamidien et ouvre une nouvelle ère, beaucoup plus troublée pour l’Empire. Les espérances de juillet 1908 laisseront vite la place à un absolutisme équivalent, la dictature d’un triumvirat qui mènera le pays au gouffre dont il tentait depuis soixante-dix ans de s’écarter.

 

 

III)        L’expérience Jeune Turque : d’un absolutisme à un autre 1908-1918

 

- TRIOMPHES DE LA REVOLUTION : FIN DE L’ABSOLUTISME ?

 

  Le 5 juillet 1908, à la suite de nombreux troubles et de l’assassinat d’un envoyé spécial d’Abdül-Hamid, Salonique est le théâtre d’une spectaculaire mutinerie des officiers et soldats Jeunes Turcs. La 3e Armée parvient à rallier à sa cause les troupes envoyées d’Anatolie contre elle et le 20 juillet, une révolte qui éclate pour des raisons anodines l’incident de Ferizovik,  et rallie à elle une partie de la population. Menacé de perdre son pouvoir, le Sultan annonce le 23 juillet le rétablissement de la Constitution. C’est le triomphe des Jeunes Turcs. Triomphe qui aboutira en réalité à une série de catastrophes militaires qui briseront définitivement l’Empire

 


 

 

Gouvernement jeune turc de 1909

 

   En dix ans, les Ottomans connaîtront les affres de trois conflits, contre l’Italie en 1911, les puissances Balkaniques en 1912 et enfin contre les russes et les franco-britanniques entre 1914 et 1918. En un peu plus de dix ans, le pays perd la Tripolitaine, le Dodécanèse, l’Albanie, la Macédoine et les provinces arabes. Même si la configuration historique fut profondément au désavantage des Turcs, les CUP ont une grande part de responsabilité dans ce qui est arrivé. Eux aussi cherchaient à sauver l’État, et n’y sont pas parvenus.

  Au départ, la Constitution fut rétablie complètement. Entre juillet 1908 et avril 1909, l’Empire Ottoman va connaître une période de liberté certaine et appréciée, mais elle dura peu.

 

 

- LES CUP TOMBENT LE MASQUE : DICTATURE MILITAIRE ET DEFAITES CONTINUES

 

 Alors qu’une période d’intense libéralisation semblait s’ouvrir pour l’Empire, une contre-révolution manquée mit fin au mouvement et entérine la création de la dictature Jeune Turque. En avril 1909, un soulèvement contre-révolutionnaire écrasé dans le sang transforme le régime en une dictature militaire. Le sultan Abdül-Hamid II, accusé de complicité, est renversé. La nouvelle ère qui s’ouvre à la suite de cette révolte est extrêmement différente de la précédente. Les libéralités du précédent régime ayant conduit la capitale à l’insurrection, les principales libertés sont suspendues et se met en place, au fil du temps, un triumvirat dictatorial (Enver Pacha (1881-1922), général et principal décideur lors de la première guerre mondiale et de la guerre contre l’Italie, Cemal Pacha (1872-1921) le ministre de la marine, Talât Pacha (1874-1921), ministre de l’intérieur)

  Très rapidement, leurs ambitions nationalistes, leur volonté de créer un Etat purement turc (et non plus ottoman et multiconfessionnel) vont se faire jour. Ce nationalisme moderne va se trouver confronté à des défaites et renforcé numériquement par les amputations de population qui augmentent la part du peuple turc dans la composition des populations de l’Empire. L’Italie, qui trouve son Empire trop réduit s’empare de la Cyrénaïque et de Rhodes en 1911, la guerre Balkanique de 1912 bouleverse les frontières de la zone en rejetant quasiment l’Empire Ottoman hors d’Europe, la Première Guerre Mondiale qui fait  exploser l’Empire, en donnant l’occasion aux arabes, menés par le Şerif Hüsayn du Hedjaz et par le colonel T.E. Lawrence, de rejeter la domination ottomane qui s’était mise en place au début du 16e siècle. Dans ces défaites, la guerre balkanique de 1912 a une certaine importance. La Ligue balkanique (formée par la Russie avec la Bulgarie, la Serbie, le Monténégro et la Grèce) écrase les Ottomans en 1912-13, prend Andrinople et provoque la sécession définitive de l’Albanie. La Conférence de Londres du 30 mai 1913 consacre la fin de la présence massive des Ottomans en Europe. Ne leur reste plus alors que le réduit d’Istanbul, aujourd’hui encore turc, la Macédoine étant partagée entre ses voisins, l’Albanie indépendante et la Bulgarie recevant un corridor qu’elle juge insuffisant (ce qui provoquera la seconde guerre balkanique, entre Sofia et ses anciens alliés, conflit que l’Empire Ottoman observera de loin). La monté des nationalismes chrétiens entraîne la montée du nationalisme turc qui aboutira au massacre des arméniens et à la nationalisation, la turquisation pourrait-on dire, de la lutte kémaliste dans les années 20.

 

 

Après la capitulation de 1918, qui consacre la défaite ottomane, alors même que l’Empire s’est plutôt bien défendu pendant la première guerre mondiale (victoire de Gallipoli ; capitulation de l’armée britannique de Townshend ; armées russes repoussées), l’Etat est condamné par les accords des franco-britanniques et de leurs amis grecs et italiens. Les dictateurs du CUP s’enfuiront chez les alliés allemands et finiront assassinés. Leur « emprise totale » sur la vie politique ottomane fera d’eux les principaux responsables du désastreux bilan Jeune Turc. Celui-ci conduit malgré lui à la destruction de l’Empire : une participation inconsidérée à la Grande Guerre, des échecs face aux puissances balkaniques, la militarisation de la vie publique concomitamment à la politisation de la sphère militaire, un durcissement considérable de la vie publique et de la répression politique. La Révolution de1908 aboutit finalement à un nouvel absolutisme qui ne parvient pas, matériellement, si l’on se contente d’analyser les résultats militaires ottomans, exceptés aux Dardanelles, à répondre au défi européen.

 Les Tanzimats n’ont pas évité 1878 et les guerres russo-ottomanes, la réaction hamidienne n’a pas empêché le maintien d’un écart militaire entre l’Empire et ses voisins et la dictature Jeune Turque n’a pas réussi à sauver l’État. Néanmoins, le constat d’échec doit être nuancé. De nombreuses réformes administratives et éducatives ont été mises en œuvre et le mouvement de modernisation a continué à se développer. Mais les conditions de l’armistice de 1918, alors même que l’Empire fut plutôt meilleur que d’habitude sur le plan militaire, sont draconiennes et laissent entendre que le Traité de paix visera à en finir définitivement avec l’Empire Ottoman. Ce sera le Traité de Sèvres, qui découpera l’Empire entre français, britanniques, grecs et italiens. Désormais, il est temps pour le pays de se régénérer par l’intervention décisive de l’un de ses fils, le Général Mustafa Kemal, qui créera une République turque. La Première Guerre Mondiale a finalement sanctionné une défaite militaire, une ruine économique et une incapacité politique de l'Empire Ottoman...


 

Apparition de la République turque sur les ruines de l'Empire Ottoman...

 

 

 

 

 

 

Addendum : quelques événements (en rouge, les défaites/reculs ; en bleu les victoires)

 

 

AVANT 1836

 

1821-1830 : Guerre d’indépendance grecque (perte du sud de la Grèce actuelle : Achaïe et Pélopponèse)

1826 : Fin des Janissaires (corps des soldats balkaniques, fer de lance de l’armée ottomane, et instrument de sa puissance lors de l’âge d’or)

1827 : Défaite navale de Navarin face aux français et britanniques

1829 : Traité d’Andrinople, autonomie de la Grèce, de la Serbie, de la Moldavie et de la Valachie

1830 : Indépendance de la Grèce, débarquement français à Alger

1832-41 : Rébellion de Méhmet Ali en Égypte, défaites ottomanes et autonomie égyptienne

 

LES TANZIMATS

 

1839 : Perte d’Aden, Hatt-i Şerif de Gülhane, qui lance les Tanzimats.

1853 : Nicolas 1er parle de « l’homme malade de l’Europe »

1853-56 : Défaites contre la Russie, intervention victorieuse franco-britannico-sarde appelée « Guerre de Crimée » qui empêche la Russie d’aller plus loin. Traité de Paris

1856 : Suppression de l’impôt des infidèles

1858 : Autonomie du Monténégro

1863 : Création banque ottomane

1875 : Soulèvement des Chrétiens de Bosnie et de Bulgarie

 

ABDÜL-HAMID II ET LA CONSTITUTION

 

1876 : Révolution à Istanbul. Abdül-Aziz déposé et remplacé par Mûrad V puis par Abdül-Hamid II. Proclamation en décembre de la Constitution.

1877-78 : Guerre contre la Russie, la Grèce et la Roumanie

Février 1878 : Suspension Constitution

3 mars 1878 : Traité de San Stefano, création Bulgarie

13 juillet 1878 : Traité de Berlin, annulation de San Stefano, indépendance roumaine, serbe et monténégrine, protectorat autrichien sur Bosnie-Herzégovine, autonomie bulgare, Chypre passe aux britanniques

1881 : Banqueroute de l’Empire, naissance de Mustafa Kemal, protectorat français sur la Tunisie

1889 : Création des Jeunes Turcs

1894 : Création du Comité Union et Progrès (Ittihad ve Terraki Cemiyeti)

1896-97 : Guerre gréco-turque

1898 : Autonomie Crète

1902 : Congrès Jeune Turc à Paris

 

LA DOMINATION JEUNE-TURQUE ET LES GUERRES

 

23/07/1908 : Révolution Jeune Turque, rétablissement Constitution

05/10/1908 : Proclamation indépendance bulgare

07/10/1908 : Annexion de la Bosnie-Herzgovine par l’Autriche

12/10/1908 : Rattachement de la Crète au Royaume hellénique

13/04/1909 : Contre-révolution à Istanbul. Échec de celle-ci.

27/04/1909 : Déposition d’Abdül-Hamid II

1910 : Soulèvement en Albanie et en Macédoine contre mesures laïques

17/07/1912 : Coup d'État d’officiers jeunes turcs

13/08/1912 : Perte Tripolitaine et Cyrénaïque (Italie)

8/09-3/12/1912 : Guerres Balkaniques entre l’Empire et l’alliance des serbes, monténégrins, bulgares et grecs. Perte de Salonique

23/01/1913 : second coup d'État jeune turc

28/03/1913 : Perte d’Edirne

27/09/1913 : Traité de Bucarest. Reprise d’Edirne, indépendance Albanie, partage Macédoine.

2/08/1914 : Traité germano-ottoman

7/09/1914 : Abolition des Capitulations

29/10/1914 : Entrée en guerre aux côtés de l’Allemagne et de l’Autriche-Hongrie

5/11/1914 : Proclamation de la djihad par le Sultan

26/12/1914 : Prise de Sarıkamış

19/02/1915 : Début de la bataille des Dardanelles

18/03/1915 : France, Russie et Royaume-Uni s’accordent sur le partage de l’Empire

20/04-26/05/1915 : Début des massacres et déportations contre les Arméniens en révolte

25/04/1915 : Débarquement allié à Gallipoli. Faits d’armes de Kemal

26/04/1915 : Traité de Londres, entrée de l’Italie dans le partage de l’Empire

29/09/1915 : Les britanniques à Kut ul-Amara (Irak)

9/01/1916 : Évacuation Gallipoli par les Alliés

16/02/1916 : Russes prennent Erzurum

1/04/1916 : Kemal devient général de brigade

18/04/1916 : Russes prennent Trébizonde

29/04/1916 : Britanniques sont vaincus à Kut ul-Amara, reddition Général Townshend

16/05/1916 : Accords Sykes-Picot sur le partage du Moyen-Orient par Français et Britanniques

5/06/1916 : Début de la révolte arabe d’Hussein, chérif de la Mecque.

6-7/08/1916 : Kemal reprend Bitlis et Muş aux russes

11/03/1917 : Les britanniques prennent Bagdad

19/04/1917 : Accord de Saint-Jean de Maurienne entre Français, Britanniques et Italiens sur le partage de l’Empire

5/07/1917 : Kemal nommé commandant 7e armée en Syrie

6/07/1917 : Arabes prennent Akaba

2/11/1917 : Déclaration Balfour

6-7/11/1917 : Coup d'État bolchevik

15/11/1917 : Ouverture des négociations de paix russo-ottomanes, création République de Transcaucasie

9/12/1917 : Alliés prennent Jérusalem

14/02/1918 : Reprise d’Erzincan aux Russes

3/03/1918 : Signature Traité de Brest-Litovsk, les Russes sortent de la guerre

12/03/1918 : Ottomans prennent Erzurum

26/05/1918 : Dislocation République de Transcaucasie

15/09/1918 : Prise de Bakou par Ottomans.

19-30/09/1918 : Britanniques prennent la Syrie

29/09/1918 : Bulgarie signe l’armistice avec Alliés

7/10/1918 : Le Grand Vizir Talat démissionne

30/10/1918 : Armistice de Moudros

 

FIN DE GUERRE, NAISSANCE DU KEMALISME

 

1/11/1918 : Occupation Mossoul par britanniques, fuite des Triumvirs en Allemagne

4/09/1918 : Création de l’Association pour la défense des droits des provinces orientales

7/12/1918 : Antioche occupée par les Français

21/12/1918 : Dissolution Parlement ottoman

24/12/1918 : Les Britanniques à Batoum

12/01/1919 : Les Britanniques à Kars

30/01/1919 : Arrestation des 27 principaux dirigeants du CUP

28/03/1919 : Les Italiens débarquent à Antalya

15/05/1919 : Les Grecs débarquent à Smyrne (Izmir)

21/06/1919 : Kemal annonce l’organisation d’un congrès national à Sivas

23/06/1919 : Istanbul ordonne à Kemal de revenir

8/07/1919 : Kemal démissionne de l’armée

13/07/1919 : Les Triumvirs sont condamnés à mort par contumace

23/07-6/08/1919 : Congrès d’Erzurum

4-13/09/1919 : Congrès de Sivas, formation d’un « Comité représentatif » qui sera l’organe de lutte de Kemal

27/12/1919 : Arrivé de Kemal et du Comité à Ankara : la Turquie moderne naît aux confins de l’Anatolie

 

 


 

Réseau Gamers et Stratégie. Association Loi 1901 à capacité juridique.
©1998-2017 Réseau Gamers et Stratégie - Tous droits réservés - Mentions légales