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Hegemony Phillip of Macedon - Notre Test -


 

    En développement depuis six ans,  Hegemony est un jeu de http://www.longbowgames.com/imagebin/3/hegemonybox/thumbLongbow Games, une petite équipe de programmeurs indépendants férus d’histoire. Philippe de Macédoine n’est ni plus ni moins que le père de l’illustre Alexandre le Grand qui l’a volontiers éclipsé dans notre mémoire collective. Pourtant, si Alexandre a pu repousser si loin les frontières du monde grec, c’est bien parce que la Grèce continentale fut domptée par son père. C’est exactement cette épopée que Hegemony nous propose de revivre.


Gigantisme et originalité

    Au lancement du jeu, il est une chose qui se remarque immédiatement avant d’effrayer le joueur : la taille de la carte. Celle-ci s’étend de l’Illyrie à l’Asie Mineure et du Danube à la Crète. Mais surtout, l’échelle fait que cette carte est garnie de plus de 300 cités, le double de fermes sans compter les villas, forteresses, mines et autres temples. Elle offre en plus un niveau de zoom allant de la très grande échelle (une cité prend tout l'écran) à la très petite (la carte rentre en entier dans l’écran). Et graphiquement, tout cela tient la route, les animations sont agréables et la fluidité est au rendez-vous.

En début de partie, en 359 avant notre ère, la Macédoine se limite à une seule cité, Aegae, et doit faire face, déjà, à trois ennemis : l’Illyrie, Athènes et l’adversaire de Philippe sur le trône de Macédoine, Argaios. La prise en main se fait en douceur, les premiers objectifs étant accompagnés d’explications sur le système de jeu, assez original.
    Les développeurs ont en effet conçu un système s’affranchissant de l’accumulation de ressources. Les cités, villas etc. produisent de l’or qui alimente vos recettes si la ville est reliée à la capitale. Ce point est très important car, lorsque vous prenez une ville, il faut définir au moins une route commerciale entre cette ville nouvellement conquise et les autres villes, mais aussi les fermes. La nourriture permet, logiquement, de nourrir les armées en campagne et les cités. Une unité militaire non ravitaillée fuira au moindre choc avec l’ennemi tandis qu’une cité se rendra d’autant plus facilement si elle manque de nourriture. Il est du coup très simple, et recommandé, de mener des raids sur les fermes ennemies en détruisant les chariots de ravitaillement, ou encore en incendiant les récoltes (parfait juste avant les moissons). Il est plus dur de se protéger contre de tels raids car les effectifs sont limités. Chaque ville fournit des points de population. Une ville macédonienne permet de lever des unités macédoniennes tandis que les cités alliées ou capturées fournissent des mercenaires ou des troupes locales (cavaliers thessaliens, hoplites illyriens…).Transition toute trouvée pour parler de combat.


L’art de la guerre


  

 Il existe grossièrement six catégories d’unités : les lanciers, les tireurs, l’infanterie lourde, la cavalerie, les catapultes et les trirèmes. Les lanciers sont peu coûteux mais peu efficaces au combat. Ils sont en revanche parfaits pour garder un fort ou une cité. Les tireurs sont généralement des Peltastes (javeliniers), unité de soutient et de harcèlement que l’ennemi n’hésite pas à utiliser en masse. Il existe aussi des archers, plus prompts à fuir mais plus mortels et attaquant de plus loin. L’infanterie lourde regroupe les célèbres hoplites et phalangites, conçus pour le choc, le combat viril et violent. La cavalerie du monde grec est avant tout d’éclairage, mais peut servir à disperser des unités légères (typiquement des archers) ou à mener des raids en territoire ennemi. Les catapultes sont utiles pour les sièges et les trirèmes pour le combat naval et le transport de troupes. Il faut ajouter à cela des unités uniques, généralement plus puissantes que leur version de base : les Hypaspistes macédonien, le Bataillon Sacré thébain, les Spartiates ou encore les trirèmes athéniennes.
    Les unités sont en fait des bataillons de plusieurs dizaines d’hommes, en formation. Le joueur les déplace à sa guise sans contrainte de case, d’hexagone ou de régions. Imaginez en quelque sorte un épisode de la série Total War, mais sans coupure entre les modules campagne batailles. Notez d’ailleurs que même en zoom réduit, il est possible de donner des ordres aux unités, alors symbolisés par des pions à la manière d’un jeu de plateau.


Au combat, les unités ont une jauge de moral. Si celui-ci est trop faible, l’unité fuit, mais peut alors être capturée par ses poursuivants. Ces hommes peuvent ensuite être, au choix, exécutés ou réduits en esclavage. Ce sont ces esclaves que vous envoyez ensuite travailler dans les mines, réparer/construire/démolir les murs d’une cité etc. A noter que vous pouvez lever des travailleurs pour faire ce travail, mais ceux-ci usent des points de population, contrairement aux esclaves. Gardez l’œil sur votre main d’œuvre servile, les esclaves sans surveillance finissent par fuir ou se rebeller. Les tactiques sont différentes selon qui vous affrontez : les Illyriens et le tyran de Pherae vous envoie des nuées de Peltastes tandis que les Thébains alignent les hoplites en grand nombre. Les tactiques doivent impérativement être adaptées, rentrer dans le tas mène à la défaite, sans autre forme de procès. L’infanterie lourde est par exemple très sensible sur les côtés ou l’arrière.
    Autre élément sympathique, les unités d’origine Macédonienne gagnent de l’expérience, et peut ainsi améliorer ses compétences dans quatre domaines : l’initiative qui permet de voir plus loin et courir plus longtemps, la logistique qui réduit la consommation de nourriture, l’héroïsme qui augmente le moral et l’ingénierie qui réduit les temps de sièges. Les généraux, enfin, sont disponibles. Ils sont assignés à une villa, puis à une unité à laquelle il confère des boni dans les quatre domaines sus cités. Et ils font franchement la différence sur le champ de bataille.


Une difficulté monstrueuse.

    L’expérience proposée par Hegemony est très intéressante, innovante, originale et est le fruit d’un travail de passionnés. Il est dommage pour le jeu de se limiter à Philippe de Macédoine. Vous ne pourrez en effet pas tenter de rétablir la puissante de Sparte ou réduire Athènes au silence avec les Thébains. On comprend assez vite ce choix des développeurs.
    Le joueur doit en effet accomplir une centaine d’objectifs visant à le faire proclamer hegemon de tout le monde grec. Ces objectifs sont historiques et représentent par exemple la campagne de Philippe contre les Péoniens, les Molosses ou encore les Thébains. Ces objectifs n’ont pas d’ordre, il est ainsi possible d’attaquer la ligue Thessalienne avant de vaincre les Illyriens, contrairement à ce qu’a fait Philippe historiquement. Les unités et possibilités se débloquent peu à peu (vous ne pourrez pas construire de trirèmes avant d’avoir capturé Methone et Olynthe, par exemple). Autant vous le dire tout de suite, le jeu n’est pas de tout repos. Il offre un défi impressionnant et une difficulté rarement atteinte dans un jeu de stratégie : il faut sans cesse stopper des attaques de cités ennemies, revoir ses tactiques pour s’adapter à l’adversaire du moment et surtout, gérer un front toujours plus grand. Un ennemi est vaincu, un autre s’avance.
    L’IA est particulièrement vicieuse, retorse, mais aussi réfléchie. Certaines nations sont agressives (typiquement les Illyriens et les Thraces), d’autres vous testent régulièrement (les Molosses d’Epire, les Phociens), préfèrent mener des raids mais ne rien capturer (les Panoniens) tandis que certaines restent tranquillement dernière leurs murs, mais vous promettent l’enfer si vous les attaquez (Ligue de Chalcédoine). Ceci vient compenser l’absence totale de diplomatie, Toutes les factions sont en effet en guerre permanente contre les autres (et pas uniquement le joueur). L’absence de diplomatie est regrettable, mais permet au jeu d’éviter l’écueil d’un Civilization IV, à savoir une diplomatie présente mais mal gérée. La dernière version permet de modifier la difficulté pour rendre le jeu plus accessible. Si vous aimez les défis, n’y touchez pas.


En conclusion
Hegemony est une petite perle d’originalité, de créativité, de précision historique et de difficulté. Il se démarque par son système de jeu s’affranchissant d’une gestion économique poussée pour se consacrer à l’essentiel : la guerre, la recherche de l’hégémonie. On regrette toutefois de ne pouvoir jouer que la Macédoine ainsi que l’absence de diplomatie. Mais rappelons nous aussi que Longbow Games est un petit studio, une petite équipe qui ne dispose pas des moyens de the Creative Assembly (Total War) ou de Paradox.

Il est pour l'instant exclusivement en Anglais mais notre petite équipe, Socros et Frgo en tête, vous prépare une traduction aux petits oignons !

Qualités :
- une carte impressionnante et un zoom formidable
- le travail historique poussé
- des possibilités tactiques et stratégiques intéressantes
- une difficulté monstrueuse… Mais paramétrable
- stable et sans bug majeur
- une IA bien fichue et retorse…

Défauts :
- …parfois un peu trop
- une seule faction jouable
- pas de diplomatie
- un état de guerre permanente qui peut frustrer le joueur

Note : 8/10



Damien Mallet

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